Les beaux jours s'étant installés pour de bon, je voulais aborder un sujet de circonstance comme l'Amour avec un grand H (si vous me permettez l'expression). Ainsi, tout est possible dans une grande surface, même trouver l'amour au bout de son rayon. Encore faut-il pour l'employé qu'il sache saisir l'occasion quand elle se présente. Il peut exister des histoires de cœur entre employés, mais je ne vais m'intéresser à ça. Je vais plutôt vous narrer une aventure qui m'est arrivée, et qui s'est étalée sur une année. C'est certes très personnel mais j'avais envie de vous la faire partager. Je vous promets de la romance en lot de 2 et du coup de foudre en tête de gondole à -25%. Le destin s'était amusé à croiser mon chemin de vie avec celui d'une cliente, au sens simple comme au figuré. Par commodité, je l'appellerai "Mademoiselle C.". Voila une histoire qui va plaire aux filles, ça je n'en doute pas.
L'illustration est de ~jedski
Tout a commencé il y a de cela 3 ans, en plein mois de juillet. Cet après-midi là, j'ai croisé dans mon rayon une bien jolie cliente: une brune somptueuse au regard envoûtant. Petite parenthèse, mes goûts en matière de fille pencheraient plutôt vers les brunes, mais ça je sens que tout le monde s'en fout. Il me semble pourtant déjà la connaître, mais je ne me rappelle pas exactement d'où. Je peux vous affirmer que dans une journée de travail, un employé peut côtoyer des centaines, voire des milliers de clients. Alors la probabilité de croiser quelqu'un de sa connaissance est inversement proportionnelle à celle de trouver un hamburger à plus de 1000kCal lors une soirée pour anorexique. Voila que ça me revient, nous étions dans la même classe en école maternelle/primaire. A l'époque j'avais flashé pour elle, et nous avions même vécu une petite idylle. Rien de très sérieux je vous rassure, nous n'étions pas plus haut que 3 ananas je vous rappelle. Pour anecdote et chose assez rare pour être signalée, nous avions redoublé ensemble la grande section de maternelle, non pas par manque d'intelligence pour accéder au CP mais simplement parce que nous avions été acceptés à l'école une année trop tôt. Étant trop timide, je n'ai pas osé l'aborder ce jour là. Et oui je sais, c'est lâche, mais je reste un homme avant tout. Vu la longueur du billet, vous devez bien vous douter que l'histoire ne s'arrête pas là. Mais alors que va-t'il se passer ensuite?
Il n'a pas fallu attendre très longtemps le début du second acte. Ainsi la semaine suivante, alors que je rangeais des arrivages de jus d'orange en réserve "liquides", je l'ai entraperçu à travers les rideaux de la réserve (vous savez ces rideaux transparent en plastique séparant les réserve des rayons). Je ne peux pas rester là sans rien faire, je me décide alors à passer à l'action. Après tout, je n'ai pas envie de le regretter plus tard. Je sors alors de la réserve et commence à réaménager les casquettes des petites eaux. Je fais mine de ne pas l'avoir vu, et puis je me retourne vers elle pour la saluer. Elle ne me reconnaît pas tout de suite, ce qui est vexant je vous l'accorde. Mais après 15 longues années, on peut lui pardonner. On s'échange des phrases de circonstance du style: "que tu as changé!", "qu'est ce que tu deviens?",... Mais au bout de 2 minutes, on se quitte. Elle n'a pas vraiment envie de parler. je suis un peu resté sur ma faim.
Deux semaines s'écoulent, je l'ai presque oublié. Elle fait déjà partie de ces anciens camarades de classe que l'on revoit tous les 10 ans. Mais alors que je range des paquets de pâtes en rayon, une voix féminine me susurre à l'oreille: "salut, comment tu vas?". Je me retourne, très agréablement surpris. Visiblement elle se rappelle de moi. Nous avons discuté pendant une bonne heure, une heure entière qui m'a semblé magique, limite hors du temps. Comme il n'y avait pas grand monde en rayon, c'était d'autant plus agréable. Sa voix, son sourire, tout me plaît. L'entente entre nous est totale, presque fusionnelle. J'avais oublié de vous préciser, ce qui me fait fondre chez une fille, c'est sa simplicité, ce qu'elle possède par ailleurs. Vous devez être perplexe mais ce sont des choses qui ne s'expliquent pas. Je suis tombé littéralement sous son charme. De plus nous sommes nés quasiment le même jour, et cela se ressent car nous avons exactement le même caractère, la même manière de penser. Le terme âme sœur a rarement trouvé meilleure illustration, j'ai l'impression d'avoir trouvé mon double féminin. Je crois bien que j'ai eu un coup de foudre, c'est bien la seule et unique fois de ma vie que ça m'est arrivé. Le samedi suivant, c'est sa mère qui vient me saluer en rayon, il semblerait que j'ai marqué des points.
Les semaines passent, elle devient mon rayon de soleil du samedi. On passe des heures à discuter ensemble en rayon quand elle vient faire ses courses. Nous commencions même à avoir nos petites habitudes, elle passait un peu avant 19h et me rejoignait au rayon de la pâtisserie industrielle. Si je ne la vois pas, limite ça me gâche mon weekend. Alors pour ne pas la rater, un collègue me signale sa présence quand il l'a voit. Au bout quelques mois je me suis enfin décidé à passer à l'attaque. Prenant mon courage à deux mains, je lui propose passer la soirée avec moi. Malheureusement elle prétexte devoir réviser pour ses partiels. J'insiste lourdement, elle cède presque, mais non rien n'y fait. Je pense que c'est à partir de ce moment là que quelque chose entre nous s'est brisé. L'impensable s'est produit: je ne l'ai plus revu dans mon rayon pendant 3 mois.
Le hasard, qui est décidément très joueur, est entré en jeu. Là je peux vous affirmer sans complexe que je n'ai pas été au bout de mes surprises. S'il y a un Dieu sur cette Terre, il a bien dû s'amuser à piloter toute cette histoire pour me faire tourner en bourrique. En parallèle à tout ça, j'ai effectué mon stage de fin d'études dans une ville voisine. Étant étudiant, je ne travaille au magasin principalement les weekends. Ne la voyant plus en rayon, je suis un peu inquiet. Et puis un matin, alors que me rends sur mon lieu de stage en tram, je la vois marcher dans la rue. Par le plus grand des hasards, il se trouve que nous effectuons nos stages respectifs au même endroit. Amusant, n'est-ce pas? Je m'arrête à l'arrêt le plus proche pour lui faire la bise, mais elle n'a pas l'air contente de me voir. Les échanges suivants furent encore moins chaleureux, et ils étaient nombreux. Le weekend venu, cela ne se passait guère mieux en magasin. Elle ne me disait plus bonjour, et même m'évitait. Nous nous croisions très souvent, quoi de plus normal vu le contexte. Trop peut être? Quoiqu'il en soit, nous nous apercevions de temps en temps, le matin dans le tram, à midi au restaurant universitaire, et même dans le même train du vendredi soir qui nous ramenait dans notre ville natale. Le destin est quand même cruel.
A partir de là notre relation est devenue extrêmement complexe, si bien que nous avons vécu des situations totalement invraisemblables comme se retrouver l'un à côté de l'autre dans le tram ou sur le quai de la gare, sans se dire le moindre mot ni s'échanger le plus furtif des regards. Sachez que ce n'est jamais moi qui ai pris l'initiative de me placer à côté d'elle, mais bien elle. Que faire quand mademoiselle C. se pose à un mètre devant nous, de sorte que vous ne puissiez pas la rater. A quoi bon prendre l'initiative de faire le premier pas si c'est pour avoir en retour un échange des plus glacials? Je ne prenais plus la peine de lui adresser quelques mots. Et pourtant, je me rappelle d'un échange de regard. J'étais accoudé à la fenêtre en salle de pause, et elle repartait après avoir fait ses courses. Elle m'a longuement observé, il n'y avait dans ses yeux ni colère, ni côté moqueur, juste de la mélancolie. Mais qu'avait-elle en tête? Parfois j'ai énormément de mal à comprendre les filles.
Malheureusement pour moi l'impensable s'est produit. Alors que je sors du bureau sur les coups de 18h, je vois le tram passer devant moi. Elle est assise près de la fenêtre avec un garçon à ses côtés. Je ne pourrai jamais oublier son regard. Elle est très étonnée de me voir, et surtout très gênée. Comme si elle ne nous voulait pas que je voie ça. Le samedi suivant fut le coup de grâce, elle fit ses courses au magasin avec ce même garçon main dans la main. Dorénavant je sais que c'est fini.
Pourquoi je vous raconte tout ça? Parce que ça fait deux ans que je ne l'ai pas vu. Il m'arrive parfois de penser encore à elle. Je dois dire que c'est la seule fois de ma vie qu'une fille réveille en moi des telles émotions, comme si je savais intérieurement que c'est LA fille de ma vie. Pourquoi le destin a-t'il voulu que nos chemins se recroisent de cette manière? Que se serait-il passé si j'avais plus insisté ce jour de janvier? Parfois je me demande si je n'aurais pas mieux fait de ne pas lui adresser la parole cet après-midi là. Nos chemins ne se sont pas encore totalement séparés car dans le cadre de mon nouveau métier je travaille avec ses confrères, et elle utilise très probablement l'application que je développe. Ironique n'est ce pas?