Chroniques de supermarché 

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La solidarité masculine

Étonnant univers que celui des caissières, petit monde tout droit sorti des limbes obscurs de la consommation dans lequel baigne une atmosphère teintée d’égoïsme et au doux parfum d’hypocrisie. Qu’y a-t’il de plus gentil qu’une caissière? Un récent sondage les place en troisième position juste derrière Caliméro et l’ours Cajoline, oh mais si je vous assure!! Mais vous êtes loin de vous douter de l’atroce vérité – cachez les oreilles de vos enfants je vous prie – car derrière leurs sourires angéliques se cachent de véritables petits démons qui n’hésitent pas à écraser leurs semblables pour assurer leur propre petit confort. La ligne de caisse est le théâtre de toutes les incivilités car entre ces demoiselles les coups bas sont presque devenus une tradition. On remplace sa chaise cassée avec celle de sa voisine pendant qu’elle a le dos tourné, au moment de la fermeture on feint de ne pas voir que ses collègues ont encore une multitude de clients à encaisser et on continue à nettoyer sa caisse, on pratique la délation… Certains éminents spécialistes à lunettes concluront cachés derrière leurs bureaux que c’est l’essence même des environnements typiquement féminins, mais je préfère ne pas me prononcer de peur de brûler vif sur le bûcher des hérétiques sur ordre de mes amies caissières. J’en ai la chaire de poule rien qu’en imaginant tout ce que ces esprits tordus peuvent comploter.

L’illustration est de *durdentyler

Du côté de la mise en rayon l’ambiance est toute autre. N’avez vous jamais ressenti cette apaisante harmonie qui y règne lorsque vous vous promenez gaiement dans les rayons tout en poussant votre caddie? Une douceur qui rivaliserait avec la texture molletonneuse d’un papier toilette triple épaisseur parfumé à l’eucalyptus. Mais derrière tout cela il n’y a pas de secret, simplement une recette bien dosée: un zest de  franche camaraderie, une larme de fraternité virile, et une grosse louche de blagues graveleuses. Tous les ingrédients d’un monde masculin équilibré sont réunis, univers dans lesquels les grosses claques remplacent les mains aux fesses. Quelqu’un de l’équipe a besoin d’un tire-palette? Besoin d’un coup de main? Chacun lui vient naturellement en aide car nous ne laissons jamais un camarade en galère. Et puis une fois que les rayons sont pleins à craquer on se donne des tapes dans le dos en émettant des rires très gras. La fierté du travail accompli nous allions prendre une pause bien méritée devant la machine à café.

Le Manard fait partie de cette élite qu’est la mise en rayon. Un homme, un vrai, un employé qui n’a pas froid aux yeux. Sa gouaille inégalable en a fait un chef de meute, ralliant à sa cause tous les mâles du secteur. Sa seule présence faisait s’affoler les compteurs de taux de testostérone ambiant, mais attention malheur à ceux qui lui manquent de respect. C’est donc en toute logique qu’il s’occupe du rayon des vins, rayon qui peut paraître insignifiant mais très stratégique de par sa situation. Situé au fin du magasin il offre un point de vue idéal pour voir arriver les ennuis de très loin. Et ce samedi là c’est exactement ce qui arrivât, il vit quelque chose d’inquiétant pointer le bout de son nez en magasin et son observatoire venait très certainement lui sauver les miches.

Le Manard devint blanc comme un cachet d’aspirine et partit se cacher dans la réserve. Tapis dans l’ombre il observa le magasin à travers le rideau plastifié, des gouttes de sueur perlaient sur son front.

Nous
Que se passe-t’il Manard?

Manard
Elle est là!! Il ne faut surtout pas qu’elle me voie!!!

Nous
Elle? Qui ça Elle?

Ce qu’il faut savoir c’est qu’à la nuit tombée Manard devenait El Manardo, un véritable Don Juam du clavier. Ce doux poète aux rimes enchanteresses faisait chavirer le cœur de femmes par pleines brouettes. Mais voila notre Casanova eut le malheur de croiser la route virtuelle d’un démon venu tout droit du fin fond des enfers. Notre Belzébuth avait quitté son antre pour venir chercher sa proie, inversant par la même occasion les rôles le chasseur devenant chassé à son tour. Lucifer n’était pas venue seule, elle était escortée de quelques satyres. Il avait eu raison d’avoir les chocottes le Manard, le spectacle était à vous retourner l’estomac. Comment vous décrire leurs tenues, une explosion de couleurs qui ravirait les fins amateurs d’impressionnisme mais qui ferait également perdre la vue des néophytes. On se serait cru en plein Carnaval (oups, j’ai omis de signaler que ce passage pouvait être dangereux pour les épileptiques). Entre nous même une grosse flatulence bien grasse de lendemain de repas de réveillon aurait eu plus de classe. Mais comment diable notre Manard s’était il retrouvé dans cette galère???? Nom de Dieu (pardon)!!!

C’est dans des situations comme celle-ci que l’entraide fraternelle de l’équipe de la mise en rayon exprime son plein potentiel. Si à cet instant précis on s’était tous donné la main on n’aurait sûrement pas pu faire le tour de la Terre mais peut être aurions nous pu entourer le rayon des fruits et légumes, ce qui en soit est un début plus qu’encourageant. Pour certains ça leur rappelait le Viet-Nam, car il est vrai on n’abandonne jamais un homme sous le feu de l’ennemi. C’est alors que par un formidable bouche à oreille tout le monde se retrouve informé de la situation, le tout en l’espace de quelques minutes. Nous pouvons dès lors agir pour défendre notre Manard dans un élan de solidarité à faire pâlir les organisateurs du Téléthon.

Hadès parcourait les rayons en gesticulant frénétiquement des tentacules et n’hésita pas à se renseigner auprès des employés effrayés par un tel spectacle. Elle s’exprimait avec ce qui ressemblait à tout sauf à une bouche, mais qui pour anecdote faisait des bulles:

La Bacchante
Manard est dans le coin?

Employé de la mise en rayon
Nous ne connaissons pas de Manard.

La Bacchante
Mais si, il travaille au rayon des vins.

Employé de la mise en rayon
Il n’y a pas de rayon vins ici.

La méthode avait un nom qui fleurait bon la lavande mais qui avait depuis longtemps fait ses preuves: l’omerta. Notre bien aimé collègue n’avait jamais existé, et son rayon non plus d’ailleurs. Alors notre Lucifer retourna dans les abysses en émettant quelques borborygmes écœurants. La solidarité masculine de la mise en rayon venait de montrer de quoi elle était capable, une fois de plus. Dès lors ensemble nous ne craignions plus rien, pas même les créatures des enfers.

 

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La caissière qui rêvait de s’évader

Ha le fantasme de l’hôtesse de caisse, cette lubie tordue comme la queue d’un cochon qui ferait se rallonger les tickets de caisse des plus radins et se raidir les bourses les plus molles même en temps de crise. Demandez  donc à n’importe quelle ménagère venue, le caddie rempli de produits bon marché, ce qu’elle en pense. Non mais c’est vrai quoi, quel beau métier que celui de « caissière ». Qui n’a jamais rêvé de rester assis à longueur de journée. Mais entre nous, quitte à rester travailler assis autant être fonctionnaire ou dame pipi.

L’illustration est de ~poop-art

Une caissière à sa caisse c’est un peu comme comme un hamster enfermé dans sa cage qui n’aurait d’autre occupation que de courir dans sa petite roue, qui par un ingénieux mécanisme actionnerait son tapis roulant (si vous ne saviez pas encore comment il marche, maintenant vous le savez). Une cage, que dis-je, une prison! Notre petite bagnarde est condamnée à purger sa peine recluse dans son 1/2 m². Les clients défilent au parloir, pas toujours sympas avec nos éprise de justice. Pendant ce temps là le tapis roulant vomit son torrent d’articles qui eux au moins se font la malle et finissent par tomber dans le caddie, bientôt ils reverront la lumière du jour et s’enfuiront au loin vers l’horizon.

Mais parfois il y a des caissières qui ont des permissions, de petites libertés conditionnelles pour aller se vider la vessie. Une caissière qui a le droit de quitter sa cellule peut enfin retrouver pour quelques instants l’usage de ses jambes. Comme elle n’est plus habituée à se tenir debout on a l’impression de voir une handicapée qui se relève miraculeusement de son fauteuil roulant. On pourrait presque imaginer voir au loin au détour d’un rayon un pasteur s’écrier « Regardez, elle remarche grâce à la volonté de Dieu » le tout sous les chants d’une chorale de Gospel qui tape dans leurs mains et les applaudissements de clients qui n’en croient pas leurs yeux. Comment ne pas s’émouvoir devant un tel spectacle? Elle vacille, titube, mais en arrive néanmoins à se maintenir debout en se tenant à sa caisse. Un vrai miracle!!

Parmi ces caissières l’une d’entre elles bénéficiait d’un traitement de faveur, une sorte de récompense pour bonne conduite. Cette élue c’était Céline. Elle était certes étudiante mais faisait partie de l’élite de l’enseigne de par son professionnalisme exemplaire et son expérience du terrain. Elle avait un sang froid hors du commun qui lui avait permis de se tirer de missions « clientèles » réputées impossibles. Sans vouloir me vanter (bien entendu) j’ai presque envie de dire qu’elle était vraiment une petite veinarde parce qu’elle avait l’immense honneur de travailler avec moi. D’habitude quand une caissière vient nous donner un coup de main on la fait monter sur un tabouret pour ranger les étagères du haut, surtout si elle est en jupe. Mais avec Céline je n’avais jamais osé lui faire le coup vu qu’elle venait m’aider tous les weekends (et qu’elle venait très souvent en pantalon, mais chut).

Je lui apprenais les ficelles du métier comme faire du facing, changer un prix, et même ranger une réserve (un comble pour une femme me direz vous). En retour elle m’enseignait des choses que tout un chacun se doit de savoir, très utiles je vous assure, comme utiliser la machine qui coupe le pain en tranches à la boulangerie, ainsi que tous les numéros de téléphone des caissières (le téléphone des caisses bien entendu). Je vais sûrement paraître macho en vous faisant cette révélation mais je peux me vanter de lui avoir appris à « piloter » un tire-palette. On formait un duo du tonnerre!!

Je me rappelle de la tête d’Isabelle, une autre caissière, qui en ramenant des articles en réserve a eu la surprise de croiser Céline en ma compagnie.

Isabelle
Halala, Céline tu en as de la chance!!!

Moi
C’est vrai, travailler avec un beau gars comme moi…

Isabelle
Non pas ça, je parlais de travailler loin des clients.

Moi

Il fallait que je me rende à l’évidence, Isabelle était jalouse non pas de ne pas pouvoir travailler avec un joli garçon au corps sculpté en soulevant des milliers de gros sacs de croquettes pour chiens, mais tout simplement de faire autre chose que de côtoyer les grincheux clients. La déception fut grande!

Aussi loin que remontent mes souvenirs il me semble que Céline fut la seule caissière à profiter de ce genre de privilège toutes les semaines. Il faut dire aussi qu’elle faisait des pieds et des mains pour fuir sa caisse quand les clients désertaient le magasin, elle pouvait alors se défouler une heure deux. Entre nous j’étais content aussi d’avoir quelqu’un avec qui rigoler pendant la mise en rayon.

 

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Malheur aux animatrices

Dès mes premiers pas dans mon magasin, j’avais été confronté au charmes envoûtants des animatrices. Ne nous voilons pas bêtement la face et admettons main dans la main qu’il y a des tâches plus difficiles dans le monde du travail que de côtoyer ces nymphes avenantes vantant les mérites d’un produit ridicule aux consommateurs lambda (je reprends mon souffle deux secondes, j’ai égaré quelques virgules au passage). Mais voila, l’été ce sont de magnifiques jeunes filles qui se font quelques sous pendant les grandes vacances, et franchement on ne va quand même pas s’en plaindre. Mais le drame c’est que dès septembre elles laissent place aux vieilles routières de la profession. Ce n’est pas toujours beau à voir… 😡

[NDLR: est-il nécessaire de préciser que ce billet est totalement second degré? Comme d’habitude en fait.]

L’illustration est de ~daw294

En général les animatrices ne sont pas vraiment issues des toutes dernières fournées de diplômés, elles ont plutôt tendance à avoir dépassé la date limite de consommation. Les kilomètres de paquets de biscuits qu’elles ont vendu dans leur carrière, je n’aimerai pas avoir à les faire à pied si vous voyez ce que je veux dire. Avec toute la classe qui les caractérise, elles sont très souvent grossièrement maquillées comme de la marchandise contrefaite vendu sous les manteaux au coin de la rue, avec des explosions de couleurs comme une peinture de Tukta le célèbre éléphant peintre. :p

Pendant les fêtes de fin d’année je me voyais souvent confier l’allée promotionnelle pour m’occuper des chocolats de Noël. Être entouré de papillotes, ça me changeait du rayon des pâtes ou de la pâtée pour chiens et chats. Mais cette place enviée comporte aussi ses inconvénients, bien pires que de supporter les pics d’affluence qui font que vous travaillez entourés de dizaines de clients hystériques. Cet inconvénient c’est la présence de l’animatrice. Si les gens ont la possibilité de fuir au volant de leurs caddies, vous êtes coincés dans votre allée avec cette diablesse qui vous lance des clin d’œil et vous lâche des « youhou ». Vous n’avez pas de crucifix sous la main, mais un telxon devrait faire l’affaire pour ne pas succomber aux slogans de cette harpie tentatrice. Sacré Belzébuth, je ne savais pas que ce petit voyou était devenu capitaliste. Que le Saint Pouvoir d’Achat nous préserve de la diabolique tentation. 🙁

Le problème des animatrices est que mise à part gueuler pour vendre la marchandises, tout en assénant des slogans aussi ringards que « qu’elles sont rigolotes, mes petites papillotes », elles s’ennuient quand il y a moins de monde. Et quand une animatrice s’ennuie, elle essaie d’entrer en communication avec vous. Passé les formalités d’usage elle vous déballe toute sa vie sans complexe, cela va de la digestion difficile de son chat en passant par sa passion pour les boîtes d’allumettes jusqu’à ses projets de vacances à Marrakech. :'(

Mais quand la conversation se recentre sur des aspects plus professionnels, cela ressemble plutôt à ça: 😮

 

L’animatrice sort son stylo et remplit son rapport

Animatrice
A votre avis, combien de paquets de papillotes ont été vendues depuis ce matin?

Moi
Je ne sais pas, dites toujours.

Animatrice
Justement je n’en sais rien non plus. C’est pour ça que je vous demande.

J’en reste sans voix. :S


Moi

Animatrice
On me demande de compter le nombre de paquets vendus en ma présence. Mais comme j’ai la flemme j’oublie tout le temps de le faire. Vous en avez mis combien en rayon depuis ce matin?


Moi
A vue de nez une bonne palette.

Animatrice
Ça en fait combien? Bon, je vais marquer 1000 paquets. Ca va faire bonne impression ça, 1000 paquets.

Si tout le monde pouvait faire preuve d’autant de professionnalisme… 🙂

Parfois, passé les 11h du matin elle vous demande où vous allez manger à midi. hé, ho! Déjà qu’on l’a supporté sans broncher toute la matinée, elle ne s’imagine quand même pas qu’on va lui dévoiler son plan restau. Avoir la paix pendant la coupure de midi a un prix. 😉

Vous devez vous dire que je suis médisant, mais bon.Et encore je vous ai épargné des tas d’anecdotes comme celle de l’animatrice en eaux minérales avec un décolleté à deux doigts de craquer sous le poids de la marchandise et un jupe ras la boutique à lardons qui s’est faite harceler toute un après-midi par un pervers, ou bien le poivrot qui a passé la journée à faire ses courses pour déguster tous les 1/4h son fond de verre au stand de l’animatrice en liqueurs. 😀

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne année, bonne santé, meilleurs vœux, et tout ce qui va avec. (ce billet devait être publié il y a un mois mais ça marche encore, on n’est ps encore le 31!). :p

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Le geste de Noël

Si vous avez une assez bonne mémoire pour vous rappeler de votre premier tricycle, peut-être vous rappellerez-vous qu’il y a seulement trois ans Noël et le jour de l’An tombaient un dimanche. Justement, au risque de soulever des questions de existentielles, à quoi ça sert d’avoir créé les jours fériés si c’est pour qu’ils coïncident avec des jours non-ouvrables? Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais c’est vraiment gâcher. Comme disaient les Fatals Picards « c’est encore de la faute des bourgeois ». Pourtant pour le lundi de Pentecôte et pour le lundi de Pâques on s’arrange toujours pour que cela tombe un lundi. Encore un événement fâcheux qui nous rappelle que la vie est par moment injuste. Rangeons là nos kleenex car la fin d’année est surtout synonyme de période de fêtes. Pour l’occasion je vous ai ressorti une petite histoire sympathique qui m’était arrivé ce même samedi 24 décembre.

L’illustration est de ~scoundreldaze

Manque de chance pour moi cette année là, mon seul jour de travail hebdomadaire correspondait au réveillon de Noël. Alors comme le magasin fermait ses portes plus tôt, mes horaires avaient été aménagés spécialement pour l’occasion: 7h-19h. Mais faire de telles horaires un jour pareil, c’est prendre le risque de s’écrouler nonchalamment dans les bras de Morphée entre la dinde aux marrons et la bûche de Noël pendant la soirée. Le marchand de sable reste très maladroit, des fois qu’il vous rate et vous vous retrouvez aveuglé avec du sable dans les yeux ou entre les dents. Je me plains je me plains, mais les caissières les plus malchanceuses ne partiraient pas avant 19h30. Mais que ne ferions-nous pas pour servir les clients qui s’y prennent à la dernière minute. Il vous manque des piles pour le jouet du gamin? Vous avez oublié les citrons pour accompagner les fruits de mer? Pas de problème le magasin reste ouvert le plus tard possible pour vos beaux yeux.

Ce même samedi, la charmante Jo du textile eut le privilège de pouvoir quitter les lieux à 17h45, et ne se privait pas pour me narguer à longueur de journée. C’en était même devenu un jeu, à chaque fois que l’on se croisait en magasin c’était l’occasion de me rappeler qu’elle partirait bien avant moi. Et puis curieusement en fin d’après-midi, il n’y eut presque plus de clients dans les rayons. C’est peut être ça la grande différence entre un réveillon en semaine et un réveillon le weekend. En semaine les gens font leurs dernières courses après le travail, alors que le weekend ils prennent le temps de venir dans la journée.

Sur les coups de 17h30, alors que je réarrangeais l’allée promotionnelle de chocolats de Noël, le directeur du magasin est venu me voir:

Directeur
Alors? Comment cela se présente?

Moi
Très bien! J’ai remplis ce que j’avais à remplir. Mais comme vous voyez c’est très calme dans le magasin, il n’y a plus personne.

Directeur
Bon, je te libère en avance aujourd’hui vu qu’il n’y a plus rien à faire. Ta famille doit sûrement t’attendre!

Moi
Merci!!!

J’avais été touché par ce petit geste qui symbolise bien l’esprit des fêtes de fin d’année. Et puis cela ne vous étonnera pas si je vous dis que mon premier réflexe avait été d’aller me venger de Jo et de lui crier que finalement c’est moi qui partirait avant elle.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de passer un joyeux Noël en famille.

 

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Le port du string

La dictature de la mode impose ses codes aux petits playmobiles que nous sommes. Ce qui est sympa avec elle c’est qu’il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. A une certaine époque ils en ont fait des heureux les cols pelles à tarte et pantalons patte d’éléphant, ça emballait à pleines brouettes sur les pistes de danse les samedis soirs. Heureusement pour nous certaines sont éphémères, d’ailleurs qui oserait encore de nos jours se balader dans la rue avec une banane à la Dick Rivers? C’est ainsi qu’au fil des inspirations elle évolue à travers les époques pour notre plus grand plaisir, mais également à l’inverse pour notre plus grand malheur au risque de nous faire regretter de na pas être aveugle. Pour ce billet je m’intéresserai à la mode du string, car depuis quelques années certaines pouffes les exhibent fièrement comme un gentleman porterait un nœud papillon.

L’illustration est de ~bib0un

Ce samedi là il y eut des échos évoquant la venue d’une jeune recrue, une soit-disant jeune fille rebelle mise en stage forcé par son collège pour avoir commis quelques bêtises. Rien de tel qu’un terrible stage en entreprise pour redonner le goût des études à une boutonneuse à la dérive. Il courait aussi des rumeurs racontant que des clients se seraient plaints d’elle, non pas de son attitude mais de sa tenue vestimentaire. Quand je dis clients, ce serait plutôt les clientes car ces messieurs avaient plutôt l’air ravis. Il semblerait qu’elle portait un string habilement mis en valeur par un jean taille basse. Enfin voila, un sujet de conversation intéressant. Avec les collègues on en parle, mais pas moyen de la croiser en rayon. Pas de chance pour moi, elle n’était pas là le weekend. J’ai parcouru quelque fois le règlement intérieur, et le paragraphe sur les tenues vestimentaires ne mentionne rien sur les strings. D’un point de vue masculin, et objectif précisons le, le port du string ne devrait pas créer de polémique. Mais bon c’est un point de vue totalement macho.

Arrivé en salle de repos, le sujet du string restait encore sur toutes les lèvres. Mais voila qu’entre deux rires bien gras avec petites tapes sur les cuisses, la poissonnière était venue prendre sa pause. Les bottes de marins-pêcheurs et l’odeur de hareng qui vous prend aux narines, ça vous met tout de suite dans une ambiance très… aventure virile du grand large avec des mouettes en fond sonore qui vous cassent les oreilles et des filets de pêches surchargés prêts à vomir leur prise de poissons en tout genre.

Elle inséra une pièce dans la machine à café, et nous dit à voix haute

Poissonnière
Vous les hommes vous êtes tous les mêmes. Il suffit qu’il y ait un bout de nichon pour que vous n’arriviez plus à vous contrôler.

Elle se retourne vers nous, et me montre du doigt.

Poissonnière
Tu crois que je ne t’ai vu pas vu toi cette semaine, à mater la petite nouvelle? Vous êtes tous les mêmes. Vous me dégoûtez tiens!

Moi
… !!?!??!

En quelques phrases elle avait réussi à plomber l’ambiance. D’un coup la pièce venait de perdre quelques degrés, personne n’osait répondre quoi que ce soit. On avait l’air de vrais petits Bernardo à se regarder entre nous et à ne communiquer que par petits  gestes. Je ne sais ce qui est le plus vexant: ne pas avoir été là pendant la semaine, ou bien avoir tout pris pour les autres. En tout cas j’aurais bien aimé le voir ce sujet de discussion, et me faire ma petite opinion. J’ai simplement retenu que cette jeune fille pleine de talent irait loin dans la vie.

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Les petits passe-droits

Je pensais pour la nouvelle version de mon site vous sortir des anecdotes de saison. Qu’ouïs-je (à prononcer ou-i, j’insiste!!) par là me direz-vous? Rapprochez-vous un petit peu, ne soyez pas timides. Vu que mon blog fait son petit bonhomme de chemin mois après mois, il serait intéressant de raconter des histoires en rapport avec l’actualité. Alors avec la venue des fêtes de fin d’année, je voulais vous conter une histoire de … Pâques. Silence gêné… Ce n’est pas de ma faute, c’est à cause de la mondialisation. Ha elle a bon dos la mondialisation quand même!! Et puis c’est quand même magique la mondialisation, avec elle ils arrivent à nous vendre des cerises grosses comme des melons en plein mois de décembre. Y a plus de saison ma pôv’dame!! Alors si ça ce n’est pas de la magie digne des fêtes de fin d’année. Mais bon, pour rectifier le tir je dirais que Pâques rime avec Chocolat-que (j’ai dis que ça rimait). Mais cette anecdote doit aussi illustrer quelques petits passe-droits que s’accordent les employés de grandes surfaces. Oh rien de bien méchant je vous rassure.

L’illustration est de *Shiritsu

En cette période de Pâques, l’allée centrale regorgeait de chocolats sous toutes ses formes: lapins et œufs aux tailles variées, cloches de toutes les couleurs… C’était la fête du chocolat et surtout du colorant alimentaire. Elle aurait fait succomber n’importe quelle nymphe faisant un régime cette allée centrale. Pour ces demoiselles le magasin était devenu le théâtre des pires tentations. Mais le problème de ces périodes promotionnelles réside dans les stocks de marchandises. Il est une phrase magique que tout employé de la mise en rayon aimerait voir plus souvent dans tous les catalogues promotionnels: « dans la limite des stocks disponibles ». Tout n’est pas aussi simple dans le monde de la grande distribution, car en fin de catalogue les têtes de gondoles ne proposent plus que ce que les clients ont le moins voulu. Et pour les produits pour lesquels les stocks ont été épuisés, le magasin doit quand même proposer des produits équivalents. Faîtes mois rires messieurs du marketing, hahahahaha (rire bien gras)!! Et c’est vous qui allez me transformer ma botte de radis en lapin en chocolat au lait? Remarquez avec l’hypnose on fait des miracles.

Et puis le weekend fatidique était arrivé: celui qui précède le lundi pascale. Les clients avaient vidé une grande majorité des stocks. Le choix en était réduit à quelques œufs « BarbiePouf » ou « RamboMan ». Avouez qu’il y a de quoi faire rêver les pratiquants les plus conservateurs, non? Toute la matinée les clients s’étaient succédés pour me poser la même question: « il vous reste encore cet œuf géant? Celuis de la page 8 du catalogue ». L’œuf en question était une belle bête: 2,5kg de chocolat pour une hauteur de 40 cm. Après moults courbettes, déblatérations d’excuses les plus improbables pour justifier le fait que notre produit a été victime de son succès, c’est à dire au bout de 3h, je me suis enfin décidé à aller vérifier un détail en réserve. Il se trouvait que la semaine précédente, un client en avait commandé trois exemplaires que j’avais caché dans un carton à la demande de mon chef. Et bien ce carton était toujours à sa place, au milieu des stocks de chips. Le client n’est jamais venu récupérer sa commande. Ce fut alors à ce moment là qu’une idée malhonnête m’est venue à l’esprit: pourquoi ne pas m’en réserver un? Sur les trois œufs, j’en ai remis deux dans l’allée centrale. Il n’a pas fallut attendre plus de trente secondes pour les voir disparaître, les clients en étaient presque venus aux mains pour les avoir.Mais le 3ème, toujours caché dans le carton, je l’avais amené à l’accueil. J’avais laissé comme consigne à l’hôtesse d’accueil que j’allais venir le payer pendant ma coupure de midi.

J’avoue que j’en ai bien profité, mais qui n’en aurait pas fait de même à ma place? Et puis j’avais bien vu des collègues faire de même auparavant. Je me rappelle de cette promotion exceptionnelle sur du whisky avec 100% du prix rendu en bon d’achat. Un petit groupe de caissières faisaient parties de celles qui abusaient le plus. De là à dire qu’elles sont le plus portée sur la bouteille, il n’y a qu’un pas que je franchirais pas. Hihihi…

Après un mois absolument démentiel au niveau professionnel, j’ai enfin pu reprendre ce blog en main. Vous avez dû remarquer que j’ai changé pas mal de choses. Hé oui j’ai sauté le pas je suis passé de la version de Dotclear à la version 2, un peu galère mais je m’en suis sorti. L’avantage est que je pourrai, entre autre, mieux gérer les spams. C’est vrai quoi, j’en avais marre de recevoir une centaine de commentaires bidons par jour. Le style actuel n’est pas définitif, mais il est susceptible de changer ces prochains jours. Et voila!!

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Les aventuriers du samedi

Jacques Brel, illustre inconnu et chanteur à ses heures perdues, disait que « L’aventure c’est le trésor – Que l’on découvre à chaque matin ». Certes, mais si le maître me le permet, je corrigerais volontiers la fin de son couplet en « … Que l’on découvre chaque samedi ». Travaillant les weekends, je ne savais jamais quelles situations rocambolesques j’allais rencontrer, ni même ce que j’allais faire pour m’occuper mes journées. Car voyez vous les samedis ont beau se suivre en tortillant du popotin à la queue leu-leu sous une pluie de cotillons, ils ne se ressemblent jamais. Alors si ça ce n’est pas de l’Aventure avec un grand H… :p

L’illustration est de *lastscionz

Ce qui différencie un employé lambda qui passe sa semaine à bichonner son rayon d’un petit d’étudiant qui n’est là que le weekend, ce sont leurs horaires et leurs capacités à encaisser les imprévus. Le premier se lève très tôt tous les matins et ses tâches à effectuer sont réglées comme une horlogerie helvétique. Chaque jour il répète mécaniquement les mêmes gestes pour laisser le moins de place possible à l’imprévu. Cet enchaînement de tâches devient routinier au fil des semaines. Pour l’étudiant, cela est radicalement différent car il est principalement présent pendant les heures d’ouverture. N’étant rattaché à aucun rayon particulier, il navigue d’allée en allée au gré des besoins de la journée, c’est ce qu’on la polyvalence à l’état pur. 😮

A la fin de mon premier été pendant lequel j’ai été encadré par toute une équipe d’épiciers-liquidiers, la rentrée scolaire est arrivée. Je me suis alors empressé de signer mon CDI pour prolonger l’aventure seulement les weekends. Oui j’ai bien dit « aventure », car travailler les samedis de l’ouverture jusqu’à la fermeture est une affaire de baroudeurs. J’ai très vite découvert que plus de la moitié du temps on se retrouve livré à soi-même, sans chef ni collègues. Sur les coups de 16h, ce sont les yeux tout mouillés que l’on souhaite un bon weekend à ses collègues qui restent sur le quai. Et vous voila parti vers le large, seul maître à bord de votre galère, sans vous douter que les océans de la grande distribution vous réservent des fabuleuses épopées. 😉

Ce fut même lors de mon premier samedi que j’eus compris que cela n’allait pas toujours être facile. J’ai essuyé ma première tempête de clients avec le pic de fréquentation de 17h, et comme si cela ne suffisait pas mon chef – le capitaine de l’épicerie – m’expédia à fond de cale pour trier les stocks de café en provenance des Amériques. Du « moulu », du « en grain », du « pur arabica », du « robusta », tellement de café que j’ai failli en perdre mon estomac par-dessus bord. 😡

Avec le temps, le petit moussaillon que vous êtes prend de l’assurance et commence à apprécier ce sentiment de liberté. Le magasin est vaste, libre à vous de le parcourir comme bon vous semble. Tant de rayons lointains ne demandent qu’à être ravitaillés, et c’est vous qui décidez lequel vous voulez vous occuper. Il vous suffit de naviguer en utilisant au mieux les courants de caddies. La poissonnerie vous enivre de ses embruns marins, même s’ils ne valent pas ceux des mers du sud. Mais les seuls goélands qui raillent à vos oreilles sont les caissières en salle de pause. Cela ne vous fait pas rêver? 🙂

Et puis quand vos pairs vous respectent pour vos faits d’arme, plus ou moins héroïques, vous commencez à gagner vos galons. On vous confie un téléphone portable, qui entre nous est plus efficace qu’une simple message inséré dans une bouteille lancée à la mer. Ce fabuleux outils vous permet de gérer au mieux les diverses mutineries de la clientèle. Néanmoins vous gardez en tête votre mission principale: pallier à tous types de pénurie possibles. Vous vous assurez de ne pas manquer de chips, ce qui mettrait en péril les apéros de la ville. Les pirates-clubber du samedi soir ont délaissé le Rhum blanc des Antilles depuis des lustres pour du Whisky Coca ou pour de la bière bon marché. A vous de gérer les stocks pour ne pas les décevoir. :S

Voila pourquoi travailler le samedi restait avant toute chose une aventure que je ne voulais rater pour rien au monde. 😀

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La cliente multi-tâches

Vous qui lisez cet article, clients ordinaires noyés dans la masse des caddies chargés comme des bourriques, et qui paniquez toujours à l’idée de vous présenter en caisse avec vos rouleaux de papier toilette quintuple épaisseur. Oui, vous là bas! Pas la peine de vous cacher, je vous vois très bien. Ne vous êtes vous jamais demandé quelles sont les limites du rôle d’un employé qui fait de la mise en rayon? En dehors des heures d’ouverture la frontière entre ce qu’il doit faire ou non est facilement identifiable: sa tâche se résume remplir son rayon par tous les moyens possibles et imaginables, quitte à utiliser les plus viles astuces. Mais quand vous êtes là, oui vous les clients à pousser vos caddies, cela devient un peu plus complexe. La mise en rayon se fait alors plus discrète, et le rôle de l’employé glisse de manière très perverse vers l’assistanat. 😮

L’illustration est de ~Ariochdesign

Cela me rappelle une petite anecdote concernant une cliente un peu spéciale, je l’avais croisé pour la première fois un samedi en fin d’après-midi. Elle me faisait de la peine la pauvre, avec ses petits bras maigres chargés de commissions. Comme elle avait l’air d’aimer les défis, elle faisait ses courses tout en téléphonant, le portable coincé entre son oreille et son épaule gauches. Sa discussion ne l’empêchait nullement de comparer les prix des différents articles en rayons. Je tenais là devant moi le parfait exemple de la cliente multitâche. Petite remarque pertinente, cette cliente illustre à la perfection le fait que les femmes sont capables d’exécuter plusieurs tâches en même temps. Si j’étais macho je vous dirais que c’est pratique d’avoir ça chez soi, ça peut faire la vaisselle en même temps que ça fait la lessive. Mais non je ne le dirai pas, je suggérerais seulement qu’un lave-vaisselle se montre bien moins bavard. 😀

Mais trêve de plaisanterie, cet étrange phénomène mérite néanmoins d’être observé avec attention. Étant informaticien, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander si cette cliente était un sujet multitâche préemptif ou coopératif? Le seule moyen de vérifier étant d’attendre qu’elle laisse glisser par inadvertance un de ses précieux articles. Si elle est mutitâche coopérative, elle va emmettre un petit « hhhiiiiiiii » et va tout laisser tomber sur le sol. Si au contraire celle-ci est multitâche préemptive, elle se contera de s’agenouiller pour ramasser du bout des doigts l’article fugueur, tout en continuant sa conversation téléphonique comme si rien ne s’était passé. La solution résidant dans le système de synchronisation de notre cliente. Mais je vous propose de mettre fin à ces débats qui entre nous ne passionnent que les informaticiens. 😡

Elle faisait sa maline chargée de cette manière, alors qu’un simple caddie lui aurait grandement facilité la tâche. On ne peut pas quand même pas lui reprocher ça, elle reste une femme. J’entends déjà les féministes râler, alors je vais vous soumettre de suite ma défense: « Heum, heuuumm!! Votre honneur, messieurs les jurés, ma cliente ici présente est venue se présenter sur le lieux du crime pour ne faire que quelques emplettes. Mais une chose en entraînant une autre, elle s’est dite qu’il lui manquait du sel, du rouge à lèvre, un pot de confiture… C’est ainsi que l’on en arrive à cette sordide escalade de débauche dans les achats. Ma cliente est coupable, certes, mais coupable de ses faiblesses. Il n’y a pas de crime passionnel car elle n’a aucunement succombé aux appels enivrants de promotions exceptionnelles. Je plaide la folie et par conséquent non coupable, j’en appelle à votre clémence messieurs les jurés ». C’est dans cet état de détresse absolue que celle-ci m’interpella pour l’aider à amener en caisse deux packs d’eau, choses qu’il lui manquait à tout prix pour achever ses courses. Après une seconde d’hésitation, la pitié ayant eu raison de moi, j’ai fini par lui donner un coup de main. Mais voyez vous, quand on n’a pas de caddie à sa disposition il est très difficile de transporter seul ses sacs de commissions et ses deux pack d’eau. Alors elle me rappela pour l’accompagner jusqu’à sa voiture. Elle m’avait ensuite proposé un pourboire pour récompenser ma gentillesse, ce que j’ai naturellement refusé (accepter les pourboires est formellement interdit). :p

Je me demande encore ce qui m’a poussé à l’aider ce jour là. Elle ne disposait pourtant pas d’une bonne paire d’arguments, ni d’un physique avantageux bien quelque peu fané par l’âge. Comment auriez-vous agi à ma place? Je m’étais dit à l’époque que j’en avais fait trop. Après tout, était-ce vraiment mon rôle? Un employé peut venir en aide à des clients sans pour autant devenir leur larbin. Cela reste aussi une affaire de dignité. Et puis finalement cette même cliente est devenue une de figures qui jalonnaient mes samedis. Curieusement elle ne m’a plus jamais demandé de service, mais prenait toujours le temps de discuter avec moi quelques minutes. 🙂

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Chaque détail a son importance

Le moindre détail, aussi insignifiant soit-il, a son importance. Même si entre nous cela ne paraît toujours évident à première vue, mais bon nous n’avons pas tous la clairvoyance d’une voyante modérément tarifée. Un grand magasin, voyez vous, exige de la discipline de la part de ses employés, sans exagérer au point d’affirmer que rien n’est laissé au hasard. Mais quand même… :p

L’illustration est de ~fusionmoth

Les samedis soirs je me devais respectais une liste de vérifications, histoire de partir en weekend avec l’esprit tranquille: 😮

 

Ma petite checklist:

  • Réserves bien rangée
  • Rayons correctement remplis
  • Cartons et plastiques usagés jetés dans les bennes prévues à cet usage.
  • Séance d’auto-congratulation devant le facing « parfait » de l’allée promotionnelle
  • Clins d’œil à la ligne de caisse

 

Mais n’avons nous rien oublié? Ha si, peut être de mettre en charge les batteries les tire-palettes électriques. Mais après tout, est-ce si important? De toute manière nous ne reviendrons pas avant le samedi de la semaine prochaine. Mais voyez-vous, ce simple oubli primaire peut avoir des conséquences désastreuses pour le magasin. Certes ce n’est aussi grave que d’oublier de récupérer son gamin à l’école (ce qui m’est arrivé plusieurs fois étant jeune, mais c’est une autre histoire), quoiqu’il en soit ne comparons pas ce qui n’est pas comparable. 😡

Imaginons que les batteries de nos tire-palettes électriques soient presque à plat. Mais oui rappelez-vous, ces mêmes tire-palettes que vous avez daigné ignorer ce même samedi soir. Qui donc découvrira votre oubli? C’est très simple, on ne s’en rendra pas compte avant leur prochaine utilisation, soit le lundi matin suivant vers 5h. A cet instant précis l’employé en charge du rayon des eaux va découvrir totalement horrifié que ses outils de travail sont en panne. Les recharger prendrait quelques longues heures mais il est déjà trop tard. Oui, j’ai bien dit « trop tard »!!! 🙁

En faisant fonctionner ses neurones quelques secondes on comprend que ce même employé va devoir tirer de très lourdes charges avec un pauvre tire-palette manuel(poids d’une palette d’eau standard = 4 étages x 28 packs x 6 bouteilles de 1,5L = 1 Tonne d’eau!!), je peux vous témoigner que ce n’est pas facile. Non seulement cet employé va galérer, mais il en sera de même pour tout ceux qui auraient également utilisé ces fameux tire-palettes électriques: je pense notamment aux autre employés des liquides, aux employés des fruits et légumes, de l’épicerie, etc… Les tire-palettes manuels vont devenir très demandés (déjà qu’avant c’était la croix et la bannière pour en utiliser un), ce qui va entraîner une mauvaise ambiance dans les équipes. Les arrêts de travail ne vont pas tarder à pleuvoir, leurs dos ou bien leurs nerfs n’auront pas tenu le choc. A partir de cet instant les conséquences vont s’enchaîner inexorablement. Pour les remplacer, il va falloir recruter des employés des rayons d’à côté. Dans un premier temps la principale incidence sera que les rayons seront moins remplis, principalement parce que tout le monde sera moins efficace (plus de choses à remplir, et parfois dans un rayon que l’employé « remplaçant » ne connaît absolument pas). Les clients insatisfaits vont très rapidement manifester leur mécontentement: colères en rayon, courriers injurieux auprès de la direction, plaintes au bureau d’accueil. En ville le bouche à oreille va entrer en action, votre magasin va acquérir une bien mauvaise réputation: celle de ne pas avoir des rayons assez pleins. Avec la baisse progressive du chiffre d’affaires, les licenciements économiques deviendront inévitables. :'(

Vous auriez voulu faire couler le magasin que vous ne vous y seriez pas pris autrement. C’est vraiment ça que vous voulez? C’est après avoir imaginé ce scénario catastrophe que je n’ai plus oublié de mettre en charge les tire-palettes électriques avant de partir les samedis soirs. :S

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Les p’tits vieux

Il est une chose assez importante et que la plupart d’entre vous a peut être oublié: nos grand-parents ont assisté à la naissance des grandes surfaces. Toute leur vie ils ont profité du charme des commerces de proximité, alors quand ils ont vu débarquer ces temples de la consommation cela a quelque peu changé leurs habitudes. Pour eux une grande surface doit certainement paraître moins conviviale qu’aller chercher de la viande chez Robert le charcutier du quartier, aller saluer Brigitte la boulangère, ou bien évoquer les derniers ragots du quartier avec Maurice le poissonnier. Les grandes enseignes contribuent (à mon sens) à la déshumanisation de la consommation des biens de la vie courante. Avouez que cela a de quoi déconcerter nos petits vieux, ils se sentent très souvent perdus. Vous dire le contraire reviendrait à mentir comme un soutient-gorge. C’est pour cela que cette catégorie de clients demande une attention toute particulière. ^^

L’illustration est de ~crazymars

Ça me rappelle une petite anecdote qui est arrivée un samedi après-midi. Je voulais avertir mon petit Rololo qu’il était temps d’aller en pause, alors j’avais fait un petit détour pour ramener ma palette en réserve. En passant au rayon des yaourts, je le croise en charmante compagnie: une vieille dame. Comme il a l’air occupé je ne le dérange pas. Je repasse le revoir quelques minutes plus tard, mais elle lui parle encore. Alors je reste dans les parages, je m’occupe, je fais un peu de facing. J’observe du coin de l’oeil mon Rololo , mais quelque chose ne va pas. Il n’a pas l’air bien, il est tout transpirant. Quelles horreurs peut-elle bien lui raconter? Tantôt il vire au pâle, et par moments il a l’air d’avoir la nausée. Quand il en a enfin fini, je vais le rejoindre. :S

Moi
Alors Rololo? Encore en train de draguer?

Rololo
Oh mon pauvre, si tu savais! Elle m’a demandé des yaourts adaptés à ses problèmes de ménopause.

Moi
Il t’a fallu 1/2h pour ça?

Rololo
Ben justement comme je ne connaissais pas ce genre de choses, elle m’a fait un topo détaillé de comment fonctionne une femme.

Moi
Oh mon dieu!!!

Le pauvre était en état de choc, avec de si chastes oreilles comment ne pas être gêné? Et voila comment Rololo a gagné son surnom de « docteur Rololo ». Comme maintenant il est devenu un grand, et du fait qu’il connaît les choses de la vie, il prodigue ses précieux conseils à qui le veut entre deux remplissages de surgelés. N’hésitez pas à le consulter si vous le croisez en rayon. 😉

Plus sérieusement, les personnes âgées sont les personnes qui nous parlent le plus. Ils ont très souvent besoin de nous parler, ce qui par ailleurs nous rend moins transparent en rayon. Mais elles n’hésitent pas non plus à nous solliciter pour tous types de requêtes. Alors comme notre rôle consiste également à les servir, cela ne nous pose évidemment pas de problème. Là où Monsieur Tout Le Monde se renseigne sur la localisation d’un article en particulier, les petits vieux nous réservent d’autres questions très particulières: 😮

Exemple illustrant notre devoir d’information 😛

Cliente âgée qui voit mal
Mes yeux ne me permettent plus de lire les petits caractères. Auriez-vous la gentillesse de m’indiquer si cette confiture est sans sucre?

Exemple illustrant notre devoir d’aide 😉

Cliente âgée qui est petite
Pourriez vous m’aider à attraper cette boîte de ravioli? Elle est trop haute, je ne peux pas l’attraper.

Autre variante du devoir d’aide :/

Client âgé qui a mal au dos
Pouvez-vous m’aider à porter ce pack d’eau jusqu’à mon chariot?

Exemple illustrant notre devoir de conseil 😡

Cliente âgée qui fait attention à sa santé
Est-ce que cette eau minérale fait péter? Je demande ça parce que j’ai la digestion difficile.

Ces situations sont souvent sympathiques, je vous assure. Un vrai bonheur! 😀

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