Chroniques de supermarché 

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Du chaos absolu à l’illusion de la perfection

J’ai toujours été fasciné par le spectacle qui prenait forme sous mes yeux chaque samedis matins, bien à l’écart des regards indiscrets de la clientèle. Je commençais à peine une demi heure avant l’ouverture du magasin, mais cette demi heure est de très loin la plus impressionnante de la journée, croyez moi. Je vais tenter de vous décrire la fantastique métamorphose qui s’opère au cœur même des rayons. Tout le monde participe à sa manière à cette impressionnante transformation, chacun connaissant son rôle sur le bout des doigts. Mais attention, avec les années l’exercice s’est rodé comme une horlogerie helvétique. 😉

L’illustration est de ~Taijutsu-Kunoichi

8h: le magasin a de véritables airs d’apocalypse. Des cartons éventrés jonchent le sol, des emballages en plastique traînent également un peu partout, il y a des palettes dans quasiment tous les rayons du magasin. Les employés savent qu’il ne leur reste que trente minutes pour rendre leur domaine impeccable, c’est l’honneur de chacun d’entre eux qui est en jeu. Au milieu de ce chaos ambiant les employés du ménage tentent tant bien que mal de se frayer un chemin, eux aussi doivent avoir terminé pour l’ouverture. Le compte à rebours est lancé…

8h05: les bouchers descendent de la salle de pause dans une ambiance joviale. Qu’ils sont mignons avec leurs petits uniformes, toujours parfaitement repassés. On leur donnerait le bon Dieu sans confession à ces petits bougres, même si on sait qu’ils vont passer la journée avec un hachoir entre les miens à se défouler sur des pièces de viande. Mais pendant ce temps la tension est encore montée d’un cran pour ceux qui font de la mise en rayon.

8h10: l’hôtesse de service pour l’ouverture du magasin vient prendre possession du bureau d’accueil. Elle s’assure que tout est en place, que les paniers sont bien rangés, et appellera au micro un représentant de chaque rayon pour récupérer les différents articles ramenés par les clients la veille. S’ensuit alors un rituel immuable qui peut s’entendre dans tout le magasin, elle va passer à chaque caisse et va faire sonner les portiques antivol pour vérifier qu’ils fonctionnent.

8h15: les employés ont déjà regroupé sur leurs palettes les cartons usagés et les emballages plastique, plus rien ne traîne sur le sol. Le ballet des allers-retours vers les réserves peut commencer. Les rayons se vident progressivement, pour finalement devenir aussi déserts que les rues du centre ville à 3h du matin.

8h20: ceux qui n’ont pas pu achever leur mise en rayon font un peu de facing. Au-delà de l’aspect esthétique, cette opération permet de continuer à faire vendre les articles qu’ils n’ont pas eu le temps de réapprovisionner.

8h25: le bataillon des caissières arrive à l’accueil. Chacune découvre son affectation. Qui passera sa journée à la caisse prioritaire? Qui sera de corvée à la caisse -10 articles? L’euphorie passée, elles se placent et préparent leur caisses respectives. En arrière plan le décor est impeccable, les rayonnages sont pleins, tout est propre et parfaitement rangé. L’ouverture du magasin se fait attendre.

8h30: les portes du magasin délivrent enfin des flots de caddies déchaînés, en parallèle l’annonce d’accueil est diffusée sur les hauts parleurs du magasin. La journée peut enfin commencer.

C’est ça qui m’a toujours fasciné, le fait qu’en l’espace de quelques minutes, le magasin qui à mon arrivé était en pleine effervescence s’est préparé à laisser place à la clientèle. Quel client aurait pu se douter à l’ouverture qu’il n’y a encore pas si longtemps il fallait pousser des montagnes de cartons et de palettes pour se frayer un chemin. Tout simplement magique… 😀

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8 réponses

  1. Ça me rassure de savoir qu’on entend les appels micro dans le magasin: quand j’appelais les gens de l’épicerie et du liquide, personne ne venait jamais…

  2. @Superginie: ce n’est pas qu’ils n’entendent pas, mais ils sont tous exaspérés d’entendre le même appel pour chaque rayon (« Une personne du rayon X est demandé au bureau d’accueil », « Une personne du rayon Y est demandé au bureau d’accueil », et ainsi de suite alors qu’un appel regroupé serait moins énervant -> « Une personne des rayon X, Y, Z, H et J sont demandés au bureau d’accueil ») . Il suffit aussi que tout le monde soit à la bourre et personne ne se porte volontaire pour aller chercher la casse. ^_^

  3. Excellent article comme d’habitude Nico 😉

    C’est vrai qu’on imagine pas en allant faire les courses tout ce qui se passe avant et parfois si tot le matin…

    Tu dépeins cet univers de façon tres intéressante et avec beaucoup de détail, c’est vraiment un plaisir de te lire.

    Bon weekend & Biz"

  4. Coucou Nico

    Caly m’a retiré les mots de la bouche. Il est vrai que si les clients savaient tout le boulot qui est fait avant qu’ils viennent faire leurs courses ils seraient certainement plus conciliant.
    L’avantage de cet article c’est que maintenant superginie est rassurée elle sait que les gens des rayons ne sont pas sourd je suis tout simplement mdr.
    Enfin trés bien raconté tout ça! l’espace d’un moment j’y étais dans le magasin.
    Bravo Nico à bientôt.

  5. Coco, reviens!!! Tu nous manques…

  6. Je vais bientot revenir superginie moi aussi vous me manqué beaucoup.
    Hâte qu’on se retrouve devant un petit kfé euhhhhhh grd kfé beaucoup de choses à se raconter je crois.
    Un gros bisous et je penses à vous même avec la distance et le décalage horaire.

  7. @Caly: merci merci merci ^_^

    @La belle des îles: vivement ton retour *\o/*

    @Superginie: tes chats m’ont bien tenu compagnie l’autre soir. Mais y en aurait pas un qui aurait fait de la casse pendant la nuit? o_O »’

  8. Ah! ce que j’aime comment tu écris! C’est fou, pendant quelques minutes j’ai cru que j’y étais, dans ton petit magasin…
    Par contre ca me donne toujours pas envie d’aller faire mes courses… 🙂

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