Chroniques de supermarché 

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Les aventuriers du samedi

Jacques Brel, illustre inconnu et chanteur à ses heures perdues, disait que « L’aventure c’est le trésor – Que l’on découvre à chaque matin ». Certes, mais si le maître me le permet, je corrigerais volontiers la fin de son couplet en « … Que l’on découvre chaque samedi ». Travaillant les weekends, je ne savais jamais quelles situations rocambolesques j’allais rencontrer, ni même ce que j’allais faire pour m’occuper mes journées. Car voyez vous les samedis ont beau se suivre en tortillant du popotin à la queue leu-leu sous une pluie de cotillons, ils ne se ressemblent jamais. Alors si ça ce n’est pas de l’Aventure avec un grand H… :p

L’illustration est de *lastscionz

Ce qui différencie un employé lambda qui passe sa semaine à bichonner son rayon d’un petit d’étudiant qui n’est là que le weekend, ce sont leurs horaires et leurs capacités à encaisser les imprévus. Le premier se lève très tôt tous les matins et ses tâches à effectuer sont réglées comme une horlogerie helvétique. Chaque jour il répète mécaniquement les mêmes gestes pour laisser le moins de place possible à l’imprévu. Cet enchaînement de tâches devient routinier au fil des semaines. Pour l’étudiant, cela est radicalement différent car il est principalement présent pendant les heures d’ouverture. N’étant rattaché à aucun rayon particulier, il navigue d’allée en allée au gré des besoins de la journée, c’est ce qu’on la polyvalence à l’état pur. 😮

A la fin de mon premier été pendant lequel j’ai été encadré par toute une équipe d’épiciers-liquidiers, la rentrée scolaire est arrivée. Je me suis alors empressé de signer mon CDI pour prolonger l’aventure seulement les weekends. Oui j’ai bien dit « aventure », car travailler les samedis de l’ouverture jusqu’à la fermeture est une affaire de baroudeurs. J’ai très vite découvert que plus de la moitié du temps on se retrouve livré à soi-même, sans chef ni collègues. Sur les coups de 16h, ce sont les yeux tout mouillés que l’on souhaite un bon weekend à ses collègues qui restent sur le quai. Et vous voila parti vers le large, seul maître à bord de votre galère, sans vous douter que les océans de la grande distribution vous réservent des fabuleuses épopées. 😉

Ce fut même lors de mon premier samedi que j’eus compris que cela n’allait pas toujours être facile. J’ai essuyé ma première tempête de clients avec le pic de fréquentation de 17h, et comme si cela ne suffisait pas mon chef – le capitaine de l’épicerie – m’expédia à fond de cale pour trier les stocks de café en provenance des Amériques. Du « moulu », du « en grain », du « pur arabica », du « robusta », tellement de café que j’ai failli en perdre mon estomac par-dessus bord. 😡

Avec le temps, le petit moussaillon que vous êtes prend de l’assurance et commence à apprécier ce sentiment de liberté. Le magasin est vaste, libre à vous de le parcourir comme bon vous semble. Tant de rayons lointains ne demandent qu’à être ravitaillés, et c’est vous qui décidez lequel vous voulez vous occuper. Il vous suffit de naviguer en utilisant au mieux les courants de caddies. La poissonnerie vous enivre de ses embruns marins, même s’ils ne valent pas ceux des mers du sud. Mais les seuls goélands qui raillent à vos oreilles sont les caissières en salle de pause. Cela ne vous fait pas rêver? 🙂

Et puis quand vos pairs vous respectent pour vos faits d’arme, plus ou moins héroïques, vous commencez à gagner vos galons. On vous confie un téléphone portable, qui entre nous est plus efficace qu’une simple message inséré dans une bouteille lancée à la mer. Ce fabuleux outils vous permet de gérer au mieux les diverses mutineries de la clientèle. Néanmoins vous gardez en tête votre mission principale: pallier à tous types de pénurie possibles. Vous vous assurez de ne pas manquer de chips, ce qui mettrait en péril les apéros de la ville. Les pirates-clubber du samedi soir ont délaissé le Rhum blanc des Antilles depuis des lustres pour du Whisky Coca ou pour de la bière bon marché. A vous de gérer les stocks pour ne pas les décevoir. :S

Voila pourquoi travailler le samedi restait avant toute chose une aventure que je ne voulais rater pour rien au monde. 😀

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6 réponses

  1. Je râle après la rudesse de mon métier en caisse, mais une chose est sûre la mise en rayon n’en est pas moins pénible voir plus. Chez MrA, il y a des des équipes de nuit qui ravitaillent les rayons, mettent en places des offres promo sur des surfaces linéaires incroyables et laisse la place à l’équipe de jour qui prend la relève… Alors oui, il faut être prêt pour l’aventure !
    Bisous Nico ^^

  2. goéland toi-même!!!

  3. Incroyable, un ingénieur qui écrit sans fautes d’orthographe! J’aime bien cet univers du récit-souvenir-anecdotique: je repasserai de temps en temps pour lire ces textes drôles et sobres. Bonne continuation!

  4. Ah, et j’oubliais, connaissez-vous cette chanson? fr.youtube.com/watch?v=8r…

  5. Bisous mon ptit Nico et bonne Fête !!!!

  6. @NinieB: et oui, toute une aventure.

    @Ginie: cuicuicuicuicui.^^

    @KKhuette: bienvenue à toi.

    @Fabienne: merci d’y avoir pensé.

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