Chroniques de supermarché 

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La solidarité masculine

Étonnant univers que celui des caissières, petit monde tout droit sorti des limbes obscurs de la consommation dans lequel baigne une atmosphère teintée d’égoïsme et au doux parfum d’hypocrisie. Qu’y a-t’il de plus gentil qu’une caissière? Un récent sondage les place en troisième position juste derrière Caliméro et l’ours Cajoline, oh mais si je vous assure!! Mais vous êtes loin de vous douter de l’atroce vérité – cachez les oreilles de vos enfants je vous prie – car derrière leurs sourires angéliques se cachent de véritables petits démons qui n’hésitent pas à écraser leurs semblables pour assurer leur propre petit confort. La ligne de caisse est le théâtre de toutes les incivilités car entre ces demoiselles les coups bas sont presque devenus une tradition. On remplace sa chaise cassée avec celle de sa voisine pendant qu’elle a le dos tourné, au moment de la fermeture on feint de ne pas voir que ses collègues ont encore une multitude de clients à encaisser et on continue à nettoyer sa caisse, on pratique la délation… Certains éminents spécialistes à lunettes concluront cachés derrière leurs bureaux que c’est l’essence même des environnements typiquement féminins, mais je préfère ne pas me prononcer de peur de brûler vif sur le bûcher des hérétiques sur ordre de mes amies caissières. J’en ai la chaire de poule rien qu’en imaginant tout ce que ces esprits tordus peuvent comploter.

L’illustration est de *durdentyler

Du côté de la mise en rayon l’ambiance est toute autre. N’avez vous jamais ressenti cette apaisante harmonie qui y règne lorsque vous vous promenez gaiement dans les rayons tout en poussant votre caddie? Une douceur qui rivaliserait avec la texture molletonneuse d’un papier toilette triple épaisseur parfumé à l’eucalyptus. Mais derrière tout cela il n’y a pas de secret, simplement une recette bien dosée: un zest de  franche camaraderie, une larme de fraternité virile, et une grosse louche de blagues graveleuses. Tous les ingrédients d’un monde masculin équilibré sont réunis, univers dans lesquels les grosses claques remplacent les mains aux fesses. Quelqu’un de l’équipe a besoin d’un tire-palette? Besoin d’un coup de main? Chacun lui vient naturellement en aide car nous ne laissons jamais un camarade en galère. Et puis une fois que les rayons sont pleins à craquer on se donne des tapes dans le dos en émettant des rires très gras. La fierté du travail accompli nous allions prendre une pause bien méritée devant la machine à café.

Le Manard fait partie de cette élite qu’est la mise en rayon. Un homme, un vrai, un employé qui n’a pas froid aux yeux. Sa gouaille inégalable en a fait un chef de meute, ralliant à sa cause tous les mâles du secteur. Sa seule présence faisait s’affoler les compteurs de taux de testostérone ambiant, mais attention malheur à ceux qui lui manquent de respect. C’est donc en toute logique qu’il s’occupe du rayon des vins, rayon qui peut paraître insignifiant mais très stratégique de par sa situation. Situé au fin du magasin il offre un point de vue idéal pour voir arriver les ennuis de très loin. Et ce samedi là c’est exactement ce qui arrivât, il vit quelque chose d’inquiétant pointer le bout de son nez en magasin et son observatoire venait très certainement lui sauver les miches.

Le Manard devint blanc comme un cachet d’aspirine et partit se cacher dans la réserve. Tapis dans l’ombre il observa le magasin à travers le rideau plastifié, des gouttes de sueur perlaient sur son front.

Nous
Que se passe-t’il Manard?

Manard
Elle est là!! Il ne faut surtout pas qu’elle me voie!!!

Nous
Elle? Qui ça Elle?

Ce qu’il faut savoir c’est qu’à la nuit tombée Manard devenait El Manardo, un véritable Don Juam du clavier. Ce doux poète aux rimes enchanteresses faisait chavirer le cœur de femmes par pleines brouettes. Mais voila notre Casanova eut le malheur de croiser la route virtuelle d’un démon venu tout droit du fin fond des enfers. Notre Belzébuth avait quitté son antre pour venir chercher sa proie, inversant par la même occasion les rôles le chasseur devenant chassé à son tour. Lucifer n’était pas venue seule, elle était escortée de quelques satyres. Il avait eu raison d’avoir les chocottes le Manard, le spectacle était à vous retourner l’estomac. Comment vous décrire leurs tenues, une explosion de couleurs qui ravirait les fins amateurs d’impressionnisme mais qui ferait également perdre la vue des néophytes. On se serait cru en plein Carnaval (oups, j’ai omis de signaler que ce passage pouvait être dangereux pour les épileptiques). Entre nous même une grosse flatulence bien grasse de lendemain de repas de réveillon aurait eu plus de classe. Mais comment diable notre Manard s’était il retrouvé dans cette galère???? Nom de Dieu (pardon)!!!

C’est dans des situations comme celle-ci que l’entraide fraternelle de l’équipe de la mise en rayon exprime son plein potentiel. Si à cet instant précis on s’était tous donné la main on n’aurait sûrement pas pu faire le tour de la Terre mais peut être aurions nous pu entourer le rayon des fruits et légumes, ce qui en soit est un début plus qu’encourageant. Pour certains ça leur rappelait le Viet-Nam, car il est vrai on n’abandonne jamais un homme sous le feu de l’ennemi. C’est alors que par un formidable bouche à oreille tout le monde se retrouve informé de la situation, le tout en l’espace de quelques minutes. Nous pouvons dès lors agir pour défendre notre Manard dans un élan de solidarité à faire pâlir les organisateurs du Téléthon.

Hadès parcourait les rayons en gesticulant frénétiquement des tentacules et n’hésita pas à se renseigner auprès des employés effrayés par un tel spectacle. Elle s’exprimait avec ce qui ressemblait à tout sauf à une bouche, mais qui pour anecdote faisait des bulles:

La Bacchante
Manard est dans le coin?

Employé de la mise en rayon
Nous ne connaissons pas de Manard.

La Bacchante
Mais si, il travaille au rayon des vins.

Employé de la mise en rayon
Il n’y a pas de rayon vins ici.

La méthode avait un nom qui fleurait bon la lavande mais qui avait depuis longtemps fait ses preuves: l’omerta. Notre bien aimé collègue n’avait jamais existé, et son rayon non plus d’ailleurs. Alors notre Lucifer retourna dans les abysses en émettant quelques borborygmes écœurants. La solidarité masculine de la mise en rayon venait de montrer de quoi elle était capable, une fois de plus. Dès lors ensemble nous ne craignions plus rien, pas même les créatures des enfers.

 

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9 réponses

  1. Haaa, j’ai bien rigolé! J’espère qu’il regarde le blog, juste pour pouvoir en parler avec lui à mon retour!

  2. Alors la je suis conquis Nico, merci pour ce bel article, ca me touche et j’en suis flatter, je l’ai fait partager a ma copine : elle en a sourit !!! A cette epoque j’étais encore un jeune chien fougeux, on delirais bien, maintenant c tout autre, plus d’esprit plus d’ambiance plus de femmes lol, c mort on s’ennuie !!!!!!!!!!!!

  3. Depuis le temps que j’attendais un article exclussif sur moi car y’a matiere a travailler, et bien c fait, qui c un autre viendra bien!!!!!!!!!! lol Encore merci Nico

  4. @Superginie: il pourra te donnera sa propre version des faits.

    @El Manardo: un article de légende pour rendre hommage à une légende du magasin. Je suis super ravi que ça t’ait plu. ^_^

  5. merci Nico pour ces lignes hilarantes………….à leurs lectures,pleins de souvenirs sont remontés à la surface………….continue à nous faire marrer,c’est génial ce que tu fais!

  6. Excellent !!
    Encore !! Encore… J’en sourie encore. Très belles écritures
    Merci pour ce moment de pure détente.
    Garde ce grain de folie !! lol

  7. @Vladie: merci!! Alors Manue? Toujours dans le rayon des thés?

  8. C’était la bonne époque ça!!!!!!!!!

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