Chroniques de supermarché 

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La caissière qui rêvait de s’évader

Ha le fantasme de l’hôtesse de caisse, cette lubie tordue comme la queue d’un cochon qui ferait se rallonger les tickets de caisse des plus radins et se raidir les bourses les plus molles même en temps de crise. Demandez  donc à n’importe quelle ménagère venue, le caddie rempli de produits bon marché, ce qu’elle en pense. Non mais c’est vrai quoi, quel beau métier que celui de « caissière ». Qui n’a jamais rêvé de rester assis à longueur de journée. Mais entre nous, quitte à rester travailler assis autant être fonctionnaire ou dame pipi.

L’illustration est de ~poop-art

Une caissière à sa caisse c’est un peu comme comme un hamster enfermé dans sa cage qui n’aurait d’autre occupation que de courir dans sa petite roue, qui par un ingénieux mécanisme actionnerait son tapis roulant (si vous ne saviez pas encore comment il marche, maintenant vous le savez). Une cage, que dis-je, une prison! Notre petite bagnarde est condamnée à purger sa peine recluse dans son 1/2 m². Les clients défilent au parloir, pas toujours sympas avec nos éprise de justice. Pendant ce temps là le tapis roulant vomit son torrent d’articles qui eux au moins se font la malle et finissent par tomber dans le caddie, bientôt ils reverront la lumière du jour et s’enfuiront au loin vers l’horizon.

Mais parfois il y a des caissières qui ont des permissions, de petites libertés conditionnelles pour aller se vider la vessie. Une caissière qui a le droit de quitter sa cellule peut enfin retrouver pour quelques instants l’usage de ses jambes. Comme elle n’est plus habituée à se tenir debout on a l’impression de voir une handicapée qui se relève miraculeusement de son fauteuil roulant. On pourrait presque imaginer voir au loin au détour d’un rayon un pasteur s’écrier « Regardez, elle remarche grâce à la volonté de Dieu » le tout sous les chants d’une chorale de Gospel qui tape dans leurs mains et les applaudissements de clients qui n’en croient pas leurs yeux. Comment ne pas s’émouvoir devant un tel spectacle? Elle vacille, titube, mais en arrive néanmoins à se maintenir debout en se tenant à sa caisse. Un vrai miracle!!

Parmi ces caissières l’une d’entre elles bénéficiait d’un traitement de faveur, une sorte de récompense pour bonne conduite. Cette élue c’était Céline. Elle était certes étudiante mais faisait partie de l’élite de l’enseigne de par son professionnalisme exemplaire et son expérience du terrain. Elle avait un sang froid hors du commun qui lui avait permis de se tirer de missions « clientèles » réputées impossibles. Sans vouloir me vanter (bien entendu) j’ai presque envie de dire qu’elle était vraiment une petite veinarde parce qu’elle avait l’immense honneur de travailler avec moi. D’habitude quand une caissière vient nous donner un coup de main on la fait monter sur un tabouret pour ranger les étagères du haut, surtout si elle est en jupe. Mais avec Céline je n’avais jamais osé lui faire le coup vu qu’elle venait m’aider tous les weekends (et qu’elle venait très souvent en pantalon, mais chut).

Je lui apprenais les ficelles du métier comme faire du facing, changer un prix, et même ranger une réserve (un comble pour une femme me direz vous). En retour elle m’enseignait des choses que tout un chacun se doit de savoir, très utiles je vous assure, comme utiliser la machine qui coupe le pain en tranches à la boulangerie, ainsi que tous les numéros de téléphone des caissières (le téléphone des caisses bien entendu). Je vais sûrement paraître macho en vous faisant cette révélation mais je peux me vanter de lui avoir appris à « piloter » un tire-palette. On formait un duo du tonnerre!!

Je me rappelle de la tête d’Isabelle, une autre caissière, qui en ramenant des articles en réserve a eu la surprise de croiser Céline en ma compagnie.

Isabelle
Halala, Céline tu en as de la chance!!!

Moi
C’est vrai, travailler avec un beau gars comme moi…

Isabelle
Non pas ça, je parlais de travailler loin des clients.

Moi

Il fallait que je me rende à l’évidence, Isabelle était jalouse non pas de ne pas pouvoir travailler avec un joli garçon au corps sculpté en soulevant des milliers de gros sacs de croquettes pour chiens, mais tout simplement de faire autre chose que de côtoyer les grincheux clients. La déception fut grande!

Aussi loin que remontent mes souvenirs il me semble que Céline fut la seule caissière à profiter de ce genre de privilège toutes les semaines. Il faut dire aussi qu’elle faisait des pieds et des mains pour fuir sa caisse quand les clients désertaient le magasin, elle pouvait alors se défouler une heure deux. Entre nous j’étais content aussi d’avoir quelqu’un avec qui rigoler pendant la mise en rayon.

 

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4 réponses

  1. salut nico, je découvre ton blog qui est bien sympa, et rappelle un temps l’univers des week end enfermés dans ce supermarché>. Ton article est très révélateur, s’il me concerne bien sûr et que je ne me trompe pas!

  2. Hé Céline! Oui il s’agit bien de toi! ^_^

    Très pratique ce blog finalement, il suffit que je parle de quelqu’un pour que j’ai de ses nouvelles quelques jours plus tard (par le biais des relations tentaculaires du magasin).

  3. et oui merci facebook surtout, c est vrai que c ‘était bien sympa la mise en rayon des pains de mie, on rigolait bien, j espère que tout va bien pour toi,

  4. Je suis une ancienne « bagnarde » reconvertie (mais si ça existe !) et je découvre ton blog très sympa et tellement vrai.
    Moi j’ai eu la chance de travailler dans des magasins dits « spécialisés » et quelle chance me diras-tu !
    Mais non , ce type de magasin a son type de clients c** et pas des moindres !
    Crois-moi ça vaut aussi son pesant d’or !
    Bon blog et peut-être à bientôt

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