Chroniques de supermarché 

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Etre étudiant-salarié, ou bien l’inverse

J’avais dans l’idée de publier de temps en temps un billet plus en rapport avec la dure réalité de mon expérience. Car au delà des bons moments passés dans mon magasin se cachait une réalité bien moins rose qu’elle n’y paraissait. Je ne renie pas cet aspect là, bien au contraire. 😉

L’illustration est de ~medve

Lors de mon premier été dans ma grande surface, j’ai été confronté à un sérieux dilemme concernant ma future rentrée scolaire: soit je restais dans ma petite ville et je faisais une licence sans prétention, soit je partais dans une ville voisine pour entrer dans une école d’ingénieur. Vous imaginez bien que j’ai choisi la seconde option, mon avenir professionnel était en jeu. Mais en quittant mon foyer familial, j’ai également été contraint de prendre mon indépendance financière. Quand je dis « indépendance financière », je parle de prendre un appartement, s’assumer complètement sans aucun aide de la part de la famille. Et c’est là que les ennuis commencent. :S

Je peux vous dire que j’en aurais fait des petits boulots pénibles depuis que j’ai fêté mes 16 ans: j’ai été laveur d’auto, déménageur, ouvrier à l’usine, éboueur, plongeur… A chaque fois c’était le même enfer, ça parlait nichons et tuning pendant les pauses déjeuners. A la longue cela devenait absolument insupportable. En général les discussions avec mes collègues ne volaient pas plus haut que le contenu d’un programme de la télé réalité. Mais quand j’ai commencé à évoluer dans ma grande surface, j’ai découvert un milieu de travail bien plus agréable, plus ouvert. Un job étudiant qui me conviendrait à merveille, en quelque sorte. Vous pensez si ça a été une belle opportunité pour moi, je ne pouvais pas laisser passer cette chance. Heureusement, le directeur du magasin a accepté de me garder en CDI, je pouvais revenir travailler tous les samedis (entre mes semaines de cours). Youhou!! 😀

Mais voila, être indépendant financièrement est une véritable galère, surtout quand on est encore un jeune étudiant. Ma principale ressource financière était mon salaire: soit un peu moins de 1/3 du SMIC (peut-on espérer mieux en ne faisant que 10h hebdomadaires?). Ces précieux euros étaient entièrement engloutis par le loyer de mon minuscule studio. Alors pour mettre un peu de beurre dans les épinards, je pouvais compter sur l’aide au logement de la CAF, et c’est tout!!! Car le problème voyez-vous, est que je n’avais absolument pas le droit à une quelconque bourse: celles-ci sont malheureusement basées sur le salaire des parents. Ne pas y avoir droit vous interdit la possibilité de postuler pour une chambre étudiante, et vous empêche de profiter de l’énorme réduction de frais d’inscriptions pour l’année universitaire (750€ ramenés à 22€, ce qui est loin d’être négligeable). Le parcours est semé d’embûches, mais on ne va pas se laisser abattre pour autant. En tout cas c’est bien beau de pouvoir payer son loyer, encore faut-il avoir les moyens de financer les autres besoins mensuels indispensables: la nourriture, les transports, les loisirs (devenus trop rares). On commence à compter les centimes d’euros, un sous est un sous comme on disait d’antant. Et puis en comptabilisant ce qui entre et ce qui sort du porte-monnaie, on se rend vite à l’évidence que son compte en banque prend l’eau, même en s’infligeant les pires restrictions. Glouglouglououou… ='(

Pour pallier à ça je n’avais pas d’autres choix que de travailler pendant les vacances, ne serait-ce que pour mettre de côté de petites économies qui deviendront vitales les mois suivants. Déjà que pendant les périodes scolaires vous êtes en cours la semaine et au travail le weekend, vos temps libres s’étant déjà réduits comme peau de chagrin. Vous allez me dire, on n’est plus à ça prêt. Cette solution a fonctionné les deux premières années, mais ensuite l’école d’ingénieur vous impose de passer l’été à faire un stage en entreprise. Vous pouvez alors dire adieu à vos deux précieux mois payés au SMIC de la période estivale, vous ne toucherez que ce que votre nouvelle boîte voudra bien vous laisser. Comme si vous aviez encore besoin de ça. C’est pourquoi en troisième année j’ai dû opter pour une solution plus radicale: sécher des cours pour travailler quelques heures en semaine, en plus du weekend. De quoi faire souffler le porte-monnaie… 🙁

Et voila comment ce sont déroulées ces trois années d’intenses galères. Les fins de mois ont été très difficiles sans être extrêmes non plus. Ce billet n’a rien contre les grandes surfaces en général, bien au contraire. J’estime y avoir mieux trouvé mon compte que si j’avais travaillé dans fast-food ou un tout autre job d’étudiant de ce genre. Je tenais simplement à laisser un petit témoignage pour montrer qu’il est parfaitement possible de conjuguer études et travail étudiant, même si cela demande un peu de courage et quelques sacrifices. Mais au final j’ai tiré de cette expérience une certaine fierté: celle d’avoir réussi à obtenir mon diplôme (sans redoubler en plus, s’il vous plaît!!) tout en gagnant ma vie à côté. Je ne pense pas être un cas isolé, loin de là. J’imagine que beaucoup de caissières étudiantes devaient connaître la même situation. En y réfléchissant bien, c’est un système où chacun y trouve son compte: les étudiants se font quelques sous, les grandes surfaces disposent d’une main d’œuvre avec des horaires de travail très flexibles. En tout cas moi ça m’a bien arrangé. 🙂

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10 réponses

  1. Voilà une belle leçon de courage Nico et c’est trés émouvant en même temps. Chapeau !!!!!!!!!

  2. tu sais que tu aurais pu toucher les aides de la CAF en étant détaché du foyer fiscal de tes parents, mais eux auraient eu une 1/2 part en moins…

    bon mais c’est vrai que ce n’est pas évident de joindre les deux bouts quand on est étudiant , moi je faisais des enveloppes, le standard dans un cabinet d’assurances…

    bisous et merci

  3. hé bé. Je savais que t’avais galéré, mais je ne savais pas que c’était a ce point. je suis impressionné !

    je tenais à rappeler cette Grande phrase qu’un Grand Homme oublié par l’histoire a prononcé un jour :
    "vous vous rendez compte qu’il y a encore des étudiants qui doivent travailler pour payer leurs études"

  4. @Coco: merci ^_^

    @Fabienne: j’aurais pu avoir ça?? o_O »
    Ben c’est trop tard maintenant.

    @Kyo: rho, j’ai peut être un poil exagéré. Je ne sais pas si tu te rappelles mais en 3ème année je ne venais même plus le lundi matin. Et puis ton Grand Homme il dit pas mal de conneries.

    Le but du billet n’était pas de faire un remake de "Cosette", mais simplement de sensibiliser les gens sur la conditions des étudiants qui doivent travailler en plus de leurs études.

    L’idée m’est venue suite à un discussion au bureau avec un collègue qui se vantait d’avoir fait quelques petits boulots (genre donner des cours particuliers au noir, laver la voiture du voisin) pour se faire de l’argent de poche. Je m’étais un peu énervé car il manquait de respect envers les étudiants qui font un "vrai" boulot dans une "vraie" entreprise et qui sont confrontés bien plus tôt que leurs confrères aux dures réalités du monde du travail.

    Voila, ça c’est dit. *\o/*

    Je vous promets jeudi on repart sur un billet plus rigolo.

  5. Coucou Nico

    Pas parce que tu nous a avoué avoir hurlé une fois dans ta vie comme une gamine de 5 ans lol"que nous allions penser que tu fesais un remake de "Cosette"mdr. T’inquiète je penses que ça n’a effleuré l’esprit de personne.

    Il est vrai que beaucoup de jeunes sont dans cette situation et j’ai un grd respect pour eux.

  6. Moi, j’dis "bravo" à tous ces étudiants du week-end que je reconnais à travers ton post et que je retrouve chez Mr.A !
    Franchement, il faut de la tenacité et du courage pour cumuler études et boulot !
    De plus, pour les patrons, les étudiants c’est tout bénéf, puisqu’ils sont tjrs partants pour les vacances, les fériés et les dimanches… Il faut bien gagner de quoi boucler le mois !
    Non vraiment, chapeau bas !
    bises,

  7. @nico : En même temps, il y avait tellement de gens qui venaient pas le Lundi matin … XD

  8. @NinieB: ils sont de plus en plus nombreux malheureusement. J’espère que tous garderont un bon souvenir de leur job d’étudiant, car au delà de l’aspect "boulot en plus des études" j’ai vécu une expérience humaine extraordinaire.

    @Kyo: surtout pour certains pour qui le cours de 8h30 était un peu tôt. ^_^

  9. Ah oui, j’ai connu ça aussi !! bosser 6 jours sur 7 pendant les grandes vacances pour pouvoir gérer l’année sans trop demander de l’aide aux parents (bon, bah 2 mois de boulot, ça te fait pas vivre un an dans un studio, hein, je l’ai compris assez vite quand même !). Bon, et pis tout ça pour être hôtesse d’accueil, je me dis qu’au lieu de "perdre mon temps" à la fac, j’aurai dû apprendre un vrai métier : plombier, tiens, par exemple !!
    enfin, c’est vrai que ça apprend la vie, et à gérer son argent ces petits boulots…

  10. @Clélia: exactement, ça apprend la vie. ^_^

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